Mamiwata, La Sirène Africaine | Anecdotes d'Afrique #2

 

“Ses yeux brillants sortent de l’eau, comme des perles de coquillages qui attirent les passants. Une longue queue d’écailles lance de temps à autre un éclat, brillant aussi de la respiration de la femme féroce. Somptueuse, elle vous fixe de ses yeux lumineux, attendant dans la nuit noire que vous vous approchez trop près d’elle. Elle est très calme, mais c’est un calme très puissant, non pas l’énergie douce d’une jeune fille, mais le feu et la fougue d’une femme en colère. C’est une colère froide, une colère bleue, une colère qui vient du plus profond des océans, des fleuves et des sources cachées. C’est l’eau qui surgit et qui tue tout sur son passage, emportant avec elle les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles et les coquillages. Vous êtes sur la plage, votre coeur bat très vite, très vite, très vite, mais vous ne pouvez pas quitter des yeux ces yeux bleus noirs aux couleur du fond de l’océan. Vous ne pouvez pas quitter des yeux ces lumières féroces qui guettent le moindre de vos mouvement, le moindre faux-pas, le moindre souffle. Vous ne savez pas si elle veut vous parler, vous soumettre ou vous manger. Elle pourrait partir, qu’on ne la verrait pas partir, car elle est souple et furtive, et ses beaux membres font des mouvements qui ne sont pas humains. On dirait une créature antique, une déesse mythologique, car sa peau brille de mille feux et une aura de lumière se dégage de son corps. Pourtant, dehors, sur cette plage, tout est sombre.”

 

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Mi-femme mi-poisson. 

 

“Sa peau aussi brille au clair de lune, et l’on voit une mèche de ses cheveux noirs onduler dans la brise marine. on distingue un buste qui se fond doucement avec les écailles de sa queue, et entre ses deux seins un long serpent noir aux reflets verts et bleus semble dormir à moitié. Tout dans sa posture décrit sa force et sa domination, et avec quelle facilité elle peut mettre à sa merci les hommes dont la chair et faible. Elle utilise d’ailleurs, selon les dires des habitants, la faiblesse des hommes pour en faire ses esclaves et les rendre à tout jamais prisonniers de ses pouvoirs. Tout homme qui ne saura pas contenir son désir sexuel sera la proie idéale pour MamiWata, qui méprise les hommes qui ne savent pas être fidèles à leur Amour. Mami Wata vous regarde, et vous voyez au fond de ses yeux qu’elle connaît toutes vos faiblesses, et saura en user contre vous si vous vous montrez injuste. Mamiwata séduit les hommes qui sont mauvais avec leurs femmes, pour les punis de leur injustice. Mamiwata vous regarde, et vous sentez bientôt le monde s’écrouler à vos pieds, et le sable tremble parce qu’elle a cligné de l’oeil. Téméraire, vous prenez le coquillage que vous êtes venu chercher, ce soir, au clair de lune. C’est un magnifique coquillage, avec une nacre irisée et une coquille rose et marbrée. Il vous servira à séduire la jeune fille de vos rêves, la femme de votre coeur. Vous approchez votre main du coquillage, et au moment où votre doigt effleure le coquillage, le sol s’effondre sous vous, et le sable se met à engloutir vos jambes. Mamiwata n’a pas bougé d’un cil, elle continue de vous regarder avec son air profond, puissant, féroce et lumineux. Mamiwata vous teste, elle veut savoir si vous aimez vraiment la jeune fille, et à quel point vous l’aimerez. Alors, elle vous traîne par les pieds dans le sable et jusqu’au fond de l’océan, par la Force invisible de ses yeux. Pendant plusieurs heures qui vous sembleront plusieurs années, elle vous soumettra à des épreuves qu’il m’est interdit de nommer ici, et qui pourront mesurer votre Bravoure et votre Fidélité. Si vous réussissez, vous aurez la vie sauve. Mais, comme l’Homme est faible, personne n’est à ce jour remonté vivant..” 

“On raconte que plusieurs hommes de la Génération de nos parents, qui étaient infidèles à leurs femmes, ont été pris au piège de MamiWata. Elle les séduisait, et leur faisait promettre Fidélité et Abstinence. Ils revenaient, comme revenus d’un rêve, et certains disaient qu’ils avaient couché avec elle. D’autres disaient que les yeux de Mamiwata étaient tellement puissants qu’elle pouvait faire l’amour avec les hommes rien qu’avec un regard. D’autres enfin disaient que Mamiwata tuait et dévorait.” 


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Mamiwata, la Sirène Enchanteresse

   

Mamiwata, aussi appelée Mamy Wata, Mami Watta ou Mama Wata, est une déesse des eaux bien connue dans toute l’Afrique de l’Ouest et centrale. C’est une créature aquatique mi-femme mi-poisson, aux cheveux noirs longs et bouclés et à la grande beauté. Son teint est clair et elle porte de magnifiques bijoux faits avec les trésors et les coquillages laissés au fond des mers. Parfois, on la représente aussi avec un serpent, qui ondule et pose sa tête entre ses seins. C’est une femme avec une grande autorité, une puissance surhumaine et un regard auquel personne ne peut resister.. 

 

  

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Fidélité ou Mauvais Oeil 


Certains l’appellent sorcière, certains déesse. Certains cherchent sa compagnie magique, d’autres redoutent ses pouvoirs maléfiques. Toujours est-il que Mamiwata a une réputation bien installée depuis le XVIème siècle, lorsque les Européens ont commencé à investir les côtes africaines. Cette divinité marine est venue s’ajouter aux nombreux esprits qui vivaient déjà dans les eaux du Continent, lacs ou Marigots, fleuves, ruisseaux et bien sûr l’Océan. Au Nigeria, par exemple, on peut trouver les esprits “ndi mmili” dans la culture lbo. Dans la culture Kongo, on a l’exemple des “mbumba”. L’histoire veut que Mami Wata soit un avatar des sirènes sculptées à la proue des bateaux européens. 



 

Le Mythe Africain de la Femme Puissante

Mamiwata est en effet un étrange mélange de sirène et de charmeuse de serpent, empruntant à la fois à Médusa, Gorgone, l’Hydre de Lerne, ou même à la Shakti hindoue. Mami wata dispose en effet, tout comme Durga en Inde ou Aphrodite, le pouvoir de la féminité. C’est le pouvoir sexuel féminin par excellence, le symbole même de la femme puissante à l’énergie mystérieuse et parfois dangereuse. C’est une belle femme, qui dispose les pouvoirs suivants : force, énergie, puissance divine, conscience du Divin, Pouvoir de la Conscience et Force Suprême, Mère divine et Source de tous les pouvoirs. C’est une femme à écaille qui brandit ses serpents comme les ustensiles froids et ondulants de sa sensualité. C’est la représentation même du Pouvoir Sexuel Féminin, une figure de féminisme avant l’heure dont tout tous les hommes se méfient. 


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Mamiwata, un mythe présent de l’Afrique aux Caraïbes


Le mythe de Mami Wata est géographiquement très étendu, allant du Cameroun jusqu’aux côtes américaines, notamment en Haïti, au Brésil et à Cuba. Au Dahomey, ancien Royaume situé au niveau du Bénin, la tradition de Mami Wata venait des rituels à la Déesse de l’Eau. Lors du Rite, on demande au Hougan ou à la Mambo, les maîtres de la cérémonie, de prononcer les mots “Mamui Ata”. Ils signifient ‘serrer les jambes’, c’est-à-dire garder la semence qui permettra à la jeune fille d’être féconde. Ce rite de fécondité a, selon certaines sources, été l’origine du mot Mami Wata, qui a eu des répercussions jusque dans le rite vaudou haÏtien. En Haïti, son nom devient Simbi. Au Brésil ou à Cuba, c’est lemanja. Au Togo, Cameroun, Nigeria ou Congo-Brazzaville, Mamiwata est une déesse éwé, présente dans tous les cultes de la Côte Atlantique. C’est au XXIème siècle que son mythe a ressurgi, avec des airs de charmeuse de serpent et de divinité étrange qui charme les hommes. Elle apparaît aussi sous les traits d’une belle prostituée qui traîne dans les bars et dans les ports, à la recherche d’un homme infidèle à charmer. Elle est souvent invoquée pour symboliser les désirs sexuels ou les désirs modernes de notre époque capitaliste. 

 

mami wata vaudou

 

Les différents noms de Mami Wata

Elle a plusieurs noms, Ezenwaanyi chez les igbo, Nnekwunwenyi, Ezebelamiri, Nwaanyi mara mma ou Uhamiri, qui sont des qualificatifs pour une femme honorable et fière. Au Congo, elle est même appelée Mamba Muntu, la femme-crocodile. En Guyane et au Suriname, on l’appelle Watramama, au Brésil et à Cuba on trouve aussi le nom de Yemaya ou Yemanya, et dans les Caraïbes Mamadjo, Lamanté, La Sirène, Erzulie ou Maman de l’eau.